Il peut arriver dans la vie d'avoir l'impression de s'enfoncer inexorablement, de ne plus avancer, d'être bloqué dans une voie sans issue. Et c'est là qu'un matin, je me suis levé et j'ai dit "Stop !", puis remis ma lettre de démission. Ainsi se concrétisait l'idée qui me trottait dans la tête depuis quelques années : "Un jour j'irai à Compostelle !". A pied, selon la tradition millénaire.
Le concept de la "tournée" se veut assez simple, dans le style violoneux : jouer n'importe où et n'importe quand, en pleine nature, dans des lieux insolites ou tout simplement, si on me le demande, le soir dans des gîtes ou à la messe (ou au culte). Une contrainte : aucune partition, car ici, c'est le poids qui compte avant tout.
Itinéraire parcouru :
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Une aventure si simple et si extraordinaire
Le Chemin de Compostelle, pour moi c'était 70 jours de marche, avec cet objectif loin à l'Ouest, puis de plus en plus proche, le violon sur le dos avec l'objectif initial de ne pas perdre la main juste avant une saison orchestrale riche. A mon grand étonnement, cet instrument accroché au sac à dos était un trait d'union social qui incitait les autres marcheurs à commencer une conversation, parfois par curiosité et d'autres fois pour me demander de jouer le soir dans le gîte.
Avec ce violon, j'ai vécu de beaux moments de partage, que ce soit avec d'autres violonistes tout contents d'en jouer ou des marcheurs étonnés d'entendre de la musique dans une montagne désertique, au milieu d'une forêt ou dans une caverne. Les habitants en ont aussi profité, sur des places de village ou dans des églises, avec des moments forts comme à l'Abbatiale de Conques où j'ai eu le plaisir de jouer avec un moine Prémontré; ou à St-Jacques de Compostelle où j'ai improvisé lors de la Messe dominicale des Pélerins concélébrée par deux évèques et une trentaine de prêtres, dans une cathédrale archi-pleine.
Puis un matin, je me suis retrouvé à l'aéroport de Madrid pour attendre mon avion de retour : c'est étrange de prendre un avion pour rentrer lorsqu'on est parti à pied... La Magie du Chemin que connaissent tous les pélerins n'aurait pas été aussi intense pour moi sans mon violon. Je ne sais pas si je réitérerai un jour une telle expérience. Mais une chose est sûre, si tel est le cas, mon instrument sera de la partie.
NB : avis aux musiciens : ne prenez quand-même pas votre instrument préféré, car en ce qui me concerne, la pluie a traversé mon étui deux fois. Heureusement sans dommage pour mon... violon chinois...